Au cœur d’une fin de XIXe siècle au matérialisme triomphant, Henri Bergson redonne à l’intuition ses lettres de noblesse. Elle est pour le philosophe et prix Nobel de littérature un « acte si simple qu’il en est ineffable ». « Extatique », l’intuition permet d’accéder à la connaissance,  rendant l’homme capable d’une « expérience pure ».

Hommage rendu sur une boite à lettres parisienne à Henri Bergson, le philosophe de l’intuition, par le street artiste C215 dans le cadre du projet Illustres ! Photo : Yohanan Winogradsky.

Il est celui, qui, selon Charles Peguy, « a réintroduit la vie spirituelle dans le monde ». Il est aussi celui qui, en cette fin de XIXe siècle au matérialisme triomphant donne à l’intuition ses lettres de noblesse. Alors qu’à l’époque le monde vivant est envisagé selon des lois purement mécaniques, -les scientifiques réduisant les phénomènes psychiques aux processus biochimiques du cerveau-, la pensée d’Henri Bergson (1859-1941) dénote singulièrement. Rejetant les théories associant la vie à un unique fait physique, le philosophe l’envisage au contraire comme l’expression d’une « énergie spirituelle », un subtil élan vital traversant matière et esprit.

L’intuition, un moyen de connaissance

La philosophie bergsonienne toute entière se fonde sur la notion de conscience et de retour à soi, d’intériorité. L’intuition est la pierre angulaire de se réflexions. Le penseur va jusqu’à l’ériger, selon ses propres termes, « en méthode philosophique ». Elle est à ses yeux une faculté supra intellectuelle, celle qui permet d’atteindre le « fond de l’esprit ». Expression de l’âme tout entière, elle permet d’accéder à la nature profonde des êtres. Elle est, estime Bergson « la sympathie par laquelle on se transporte à l’intérieur d’un objet pour coïncider avec ce qu’il a d’unique et par conséquent d’inexprimable ». L’intuition révèle ainsi pour lui d’une coïncidence parfaite entre l’individu et le monde. « C’est à l’intérieur même de la vie que nous conduit l’intuition »*, déclare Bergson, qui réhabilite le ‘sixième sens’ comme un moyen de connaissance au détriment de l’intelligence pratique, permettant d’accéder à la vérité. « L’intelligence n’est pas la seule forme de la pensée. Il existe d’autres facultés de connaissance, déposées également par l’évolution de la vie, qui se rapportent directement à la réalité: l’instinct et l’intuition. L’instinct est comme une intuition qui aurait tourné court et l’intuition comme un instinct qui se serait intensifié et dilaté jusqu’à devenir conscient et susceptible de s’appliquer à toutes choses. Sous sa forme achevée, l’intuition est un pouvoir propre à l’homme qui le rend capable d’une expérience pure », écrit-il dans La Pensée et le Mouvant.

« C’est à l’intérieur même de la vie que nous conduit l’intuition »
Henri Bergson

Sa vision, absolue, intense, n’est pas sans évoquer celle de Victor Hugo. Bergson voit dans l’intuition une « fusion », un « contact », une « tension singulière », une manifestation « extatique », qui, à la fin, est un acte si simple qu’il en est « ineffable », c’est-à-dire impossible à exprimer en paroles, exigeant un singulier mouvement hors de soi. « L’intuition n’est pas une faculté de représentation, mais un mouvement pour s’identifier à la réalité. Plutôt que de connaissance au sens traditionnel du terme, il faut parler à son propos de « contact », de « coïncidence » ou de « fusion ». Son opération s’effectue, en outre, selon un sens bien précis: elle ne consiste pas dans une réceptivité parfaite de l’esprit mais, à l’inverse, dans un mouvement hors de soi pour se transporter vers l’objet et y pénétrer. L’intuition est extatique ». (…) « Par la suite, l’intuition demande un effort spirituel intense puisqu’’il s’agit de sortir de soi-même, d’écarter toutes les habitudes de pensée, les notions familières, les connaissances acquises. Chaque acte d’intuition est un commencement absolu, une tension singulière pour rejoindre une réalité à chaque fois unique. C’est aussi un acte simple et dont le résultat, parce qu’il est foncièrement original, est en outre ineffable.  »

Star de la philosophie

Reconnu comme un grand penseur ayant influencé Marcel Proust et Teilhard de Chardin, Henri Bergson était plutôt promu à une brillante carrière de mathématicien. Mais l’homme voit les choses autrement. Alors que, jeune étudiant, il décroche le premier prix du grand concours général de mathématiques, il choisit, au grand dam de ses professeurs, de se diriger vers la philosophie. Devenu normalien et professeur de philosophie au Collège de France, ainsi qu’un pacifiste convaincu, il reçoit en 1927 un prix Nobel de Littérature pour une œuvre qualifiée de  « spiritualiste ».  
Inhumé au Panthéon, Bergson figure parmi les Grands Hommes, et si son nom demeure aujourd’hui relativement méconnu du grand public, il est à son époque une « star » de la philosophie. Des foules se précipitent ainsi au Collège de France pour l’écouter parler de Platon, d’Aristote ou de Plotin. On le lit et le commente dans les salons huppés. Pour le philosophe Michel Serres, Bergson « a su poser de bons problèmes au bon moment, souvent très en avance sur son temps ». Quant à  Paul Valéry, il salue en lui « le plus grand philosophe de notre temps« .

Isabelle Fontaine

Sources : Extrait de La Pensée et le Mouvant, essais et conférence (1934), Henri Bergson
*Cité dans l’article de l’encyclopédie Larousse consacré à Bergson

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